Quelques voyages dans le monde, à chercher du pétrole (!), du gaz ou des minerais, m’ont laissé des souvenirs malheureusement de plus en plus lointain, et des sensations, elles, toujours aussi vivaces.
Une petites série de billets sur ma première expatriation, le Bangladesh.
Une série de baffes mentales, le mauvais esprit se ratatine dans son trou, derrière le cortex gauche. Tandis que j’observe plus précisément les objets roulants non identifiés qui m’entourent.
On trouve parfois, sur les marchés artisanaux ou les villes touristiques du sud de la France, de petites voitures en cannette. C’est Heineken qui fournie d’ailleurs la meilleure ferraille, en France.
Bon, en tout cas, il y a beaucoup de voiturettes Heineken, chez nous.
Probablement parce que les bouteilles de Leffe sont en verre.
Et bien ici, il y a les mêmes, mais avec un moteur, des gens dedans, et un klaxon. Le camion, là, à gauche, est un défi mécanique qu’un ingénieur gad’zar mettrait une année à monter, sans réussir à le faire rouler. Le capot bleu d’origine, les portières vertes d’origines, la cabine bleu, blanc et rouge, tout d’origine !!!
Il me semble bien que chaque roue a une taille différente des autres.
Remarquez, chaque mètre de route a une topographie différente des autres mètres. Ainsi, statistiquement, chaque roue ne s’use pas plus rapidement que les autres.
Pas con, ça.
Enfin sortie de la rue principale. L’adjoint au feu tricolore nous a gratifié d’un salut militaire à l’anglaise, a tapé sur le capot d’une voiture-canette qui souhaiter nous griller la politesse, et nous a ainsi fait gagner quelques précieuses secondes. Notre temps est compté, à nous.
Les bâtiments abritant les bureaux et les chambres son légèrement en dehors du centre ville. La voiture s’arrête devant une grande villa blanche à trois étages, invariablement surmontée d’un niveau gris-parpaing-tige-de-fer, la terrasse.
La porte s’ouvre.
Top !!
C’est tout de suite le boy numéro un, veste blanche casquette rouge qui prend la tête suivi de très prés par le boy numéro deux veste blanche casquette verte, le numéro deux dont la foulée plus fluide laisse présager un finish redoutable et qui fournit sont effort dans la courbe arrière de la voiture et produit une accélération foudroyante dans la derrière ligne droite c’est fantastique Marie José est championne Olym…
Pardon.
Cependant, le record du monde de la prise en charge de bagages vient bien d’être battu sous mes yeux ébahis.
« Good morning, Boss ».
Boss ? Je ne suis plus Sir ? C’est peut être la variante provinciale de l’héritage coloniale anglais. Va pour Boss.
Bel intérieur, belle chambre climatisée, lit deux personnes et petite particularité liée à ma fonction parfois nocturne, le bureau jouxte la chambre, le seul de cet immeuble. Les autres membres de l’équipe travaillent en effet dans l’autre bâtiment, une deux-centaine de mètre plus loin. Enfin, quand ils ne sont pas sur le terrain. Je fais immédiatement la connaissance de mon prédécesseur, qui quittera la mission dans une semaine, le temps de me transmettre le bébé et de me rencarder sur les lubies du client.
Haaa, le client.
On est tous le client de quelqu’un. Ici, je suis le client du pays entier.
Le client, c’est le représentant de la compagnie qui finance le camp de prospection. Bien souvent, il ne travaille pas directement pour cette société mais agit en free lance. Il a donc intérêt à satisfaire les moindres désirs du contractant. D’où les lubies.
Le client, c’est le gros Bill. Bill est américain, adore les glaces et regarde Discovery channel à longueur de journée.
Sans déconner !! Le gars est au Bangladesh, à la frontière de la vie, une culture à mille lieues de Houston, un mode de vie tellement éloignée de l’ »American Way Of Life » que les immigrant bangladeshi au USA restent bangladeshi toute leur vie - pour les Américains, en tout cas, et que fait Bill, immergé au cœur d’un pays invraisemblable, que fait Bill ?
Il regarde Discovery Channel.
C’est pas facile d’aller à la rencontre de la culture.
Je suis petit et français, Bill est grand et américain. Il a cinquante ans et visiblement vingt ans de prospection, et moi vingt six ans et visiblement vingt jours de prospection. Le premier coup d’œil texan est méprisant. Ou hautain, je ne sais pas bien.
Heureusement, je suis français, donc je m’en fous, car il est américain et je sais qu’à la fin, JR meurt et que quarante pour cent des américains ignorent ou se trouve le Canada. Mais ils s’en foutent, ils sont américains.
Finalement, on est tous cousin. Ou tous con, je ne sais pas bien.
La fin de journée est remplie par la présentation au reste de l’équipe, une moitié de français, une moitié d’ indonésiens et quelques apatrides. Parmi ceux ci, un topographe australien qui ressemble à s’y méprendre à Clint Eastwood et un néo-zélandais foreur à la carrure de all-black. Tout le monde s’attable et je passe ainsi ma première vraie soirée de travailleur immigré inversé.
Un vrai travailleur immigré vient d’un pays pauvre et travaille pour nous, chez nous.
Moi, je viens d’un pays riche, et ils travaillent pour moi, chez eux. Et ça, ça change tout.
Imaginez un berbère des montagnes de l’Atlas marocain, qui ne parlent bien sur pas français, et qui s’en moque d’ailleurs, qui s’habille comme s’il était chez lui, s’asseyant crânement avec cinq de ses confrères autour de la table centrale du salon d’une villa chicos de Neuilly. Ensuite, servez les, parce que sinon, vous ne mangez pas. Vous le supporteriez ?
Non ?
Vous dites ça parce que vous avez à manger.
On me sert donc, et je dis merci, peut être parce que c’est mon premier jour. On verra demain.


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