Quelques voyages dans le monde, à chercher du pétrole (!), du gaz ou des minerais, m’ont laissé des souvenirs malheureusement de plus en plus lointain, et des sensations, elles, toujours aussi vivaces.
Une petites série de billets sur ma première expatriation, le Bangladesh.
L’agence du pays est on ne peut plus classique. Des bureaux, la clim, des ordinateurs bourdonnants, un chef d’agence français.
On m’accueille, on me remet le billet d’avion pour Sylet, ma véritable destination, au nord, à la frontière indienne.Une petite ville d’un million d’habitants.
On m’amène ensuite à la villa qui sert d’hôtel au transitaire, une jolie maison blanche, sans bureau ovale mais avec de hauts murs blancs surmontés de barbelés. On ne sait jamais, quand même, c’est le tiers monde. Les bureaux, comme la résidence, donnent sur des rues sans trottoir et sans asphalte, c’est ce qui intrigue le plus. Hormis le périphérique et une partie du centre ville, les rues sont stylées « pistes urbaines ». Rien ne semble terminé.
Je me repose enfin sur un sofa, devant MTV, au frais, vive la clim. Voila maintenant dix huit heures que j’ai pris le RER parisien, mais en y réfléchissant, je suis bien plus loin qu’à dix huit heures de la France.
Je vais appeler ma mère, ça va la rassurer.
« Tu m’appeles dès que t’y arrives, au Bingladech », qu’elle m’a dit.
Quelle heure est - il la bas ? Minuit ! Flute … Bon on verra ça demain. Les voyages forment la jeunesse, peut être, les voyages fatiguent la jeunesse, c’est certain.
****************************
Le petit déjeuner est so british. Après un bonne nuit de sommeil et une bonne douche, le décalage horaire Ouest - Est est très supportable, on se couche à vingts heures d’ici, trois heures de la bas, et on se lève à six heures d’ici, soit treize heures cocoriquienne.
Comme un dimanche d’étudiant, donc.
Je sort de ma chambre et me rend dans la salle commune, accueilli par le « Good morning, sir » d’un serveur.
Me voici donc anobli.
Ainsi rassuré sur son status, sa majesté Mister Legling s’installe à table. Oui, Sir pendra du café, des oeufs et du jus de fruits.
Ma main s’envole d’elle même vers la corbeille de fruits et arrache un bébé banane à ses parents bananes. Houlà, pas de repas hier soir, ça se sent.
Un second lord fait son entré et s’assied en face de moi. « Hello », me fait-il.
Il ne doit pas être du coin, il n’a pas reconnu ma majesté. Légèrement asiatique, petite moustache, sourire permanent, je fais la connaissance d’un des foreurs de la mission, indonésien, de retour de congés. Son anglais vaut largement le mien et nous nous comprenons à merveille, utilisant les mots les plus simples, moi pour lui expliquer que c’est ma première mission, lui pour me rétorquer qu’il fore pour CGG depuis douze ans maintenant, dont deux années passées ici, au Bangladesh.
Je me dit immédiatement qu’on ne meurt pas forcement d’un maladie inconnue dès la première années, ça rassure.
Remarquez que la plupart des bangladeshi ont plus de un an.
Fin du petit déjeuner, allumage de la cigarette, rite international s’il en est. Je lui offre ma blonde américaine, histoire de m’en faire un copain, ça peut servir un copain.
« Yes Sir » nous annonce l’arrivée immédiate de notre taxi pour l’aéroport, un vrai, celui là, pour nous et pour les bagages. C’est curieux comme la même route dans la même ville peut sembler différente selon le mode de transport . En voiture, même pas peur, même pas drôle non plus. La prochaine fois, j’exigerai un rickshaw.
Nous nous rendons à l’aéroport domestique de Dhaka, l’aéroport des vols intérieurs, et patientons une petite heure. Nouvelle cigarette, mais cette fois, mon nouveau copain de Djakarta m’offre une des siennes.
Et forcement, c’est une cigarette indonésienne.
Et forcement, c’est pas bon. Le sourire légèrement asiatique s’élargit un peu …
Chez le dentiste, lorsqu’on vous pose un pansement après avoir creusé la dent, on a un gout dans la bouche, un gout de clou de girofle séché. J’appelle ça le gout du dentiste.
Les cigarettes indonésiennes, c’est pareil, ça a le gout du dentiste. Donc c’est pas bon.
Enfin, je n’aime pas. Mon mal-être doit marquer mon visage car monsieur goguenard me demande si je “don’t like it”. Vu la tête que je fais, inutile de mentir, mais je la termine quand même, insistant sur le coté typique du tabac de Djakarta, le coté typiquement pas bon.
« Flight onch onch onch, departure glam glam onch, gate sbamch”.
Rien compris.
Visiblement, je ne parle pas l’anglais standard. Mon ami se lève, il a du comprendre, je lui emboite donc prestement le pas, nous présentons nos billets au contrôle et pénétrons dans un superbe bi-moteur Air Bangladesh, qui sincèrement, n’a rien à envier au Lille - Strasbourg d’Air France.
Sauf que c’est marqué « Air Bangladesh » . C’est bête, mais si c’était marqué « Air France in Bangladesh », je serais resté à douze-huit de tension. Là, ça monte un peu. Enfin bon, quand faut y aller …
Décollage immédiat.
Atterrissage immédiat.
Déjà ?
Trente cinq minutes de vol pour traverser la pays du sud au nord, il fut dire que le Bangladesh, c’est un tiers de la France en surface, pour trois fois plus de contribuables.
Euh …
Non, contribuable, c’est quand on est énervé de payer des impots, pas quand on est énervé d’avoir faim.


Discussion
Les commentaires sont fermés pour cet article.
Comments are closed.